TÉLÉVISION ET RADIODIFFUSION - La naissance et l’expansion de la radio-tĂ©lĂ©vision dans le monde

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TÉLÉVISION ET RADIODIFFUSION - La naissance et l’expansion de la radio-tĂ©lĂ©vision dans le monde
TÉLÉVISION ET RADIODIFFUSION - La naissance et l’expansion de la radio-tĂ©lĂ©vision dans le monde

La rapiditĂ© et l’universalitĂ© du dĂ©veloppement de la radio et de la tĂ©lĂ©vision, mais aussi l’importance et la diversitĂ© de leurs effets, en font un des sujets les plus intĂ©ressants de l’histoire contemporaine. Un des plus dĂ©licats aussi: outre la difficultĂ© de prendre en compte l’ensemble des facteurs techniques, Ă©conomiques, politiques, culturels... de leur Ă©volution et la nĂ©cessitĂ© d’adopter une perspective internationale, l’histoire de l’audiovisuel doit accepter le handicap de se construire sans pouvoir recourir aux documents essentiels que sont les Ă©missions elles-mĂȘmes car ou elles n’ont pas Ă©tĂ© conservĂ©es ou la consultation de leurs enregistrements est si peu pratique et si coĂ»teuse qu’elle ne peut ĂȘtre qu’exceptionnelle. L’historien, pour qui l’écrit a toujours Ă©tĂ© le support documentaire essentiel, dĂ©couvre par lĂ  une des caractĂ©ristiques les plus originales du monde de l’audiovisuel.

Cette histoire est trĂšs courte: les premiĂšres stations de radio datent des annĂ©es 1920-1922, il y a moins de soixante-dix ans, et les premiers programmes publics de tĂ©lĂ©vision, des annĂ©es 1934-1935, soit depuis moins de soixante ans. Les facteurs techniques, Ă  la diffĂ©rence de la presse, ont Ă©tĂ© dĂ©cisifs: si ici aussi l’offre a Ă©videmment prĂ©cĂ©dĂ© la demande des publics, tous les progrĂšs ont Ă©tĂ© presque directement commandĂ©s par les dĂ©couvertes des laboratoires.

Les mĂ©dias audiovisuels ont donnĂ© Ă  la parole une portĂ©e universelle alors qu’elle avait depuis les origines Ă©tĂ© rĂ©servĂ©e aux Ă©changes de proximitĂ©; ils ont Ă©largi la vision des individus aux limites du monde et cela en modifiant de maniĂšre radicale le rapport espace-temps, car l’extraordinaire rapiditĂ© de diffusion des ondes hertziennes a ajoutĂ© Ă  leur universalitĂ© une quasi-instantanĂ©itĂ©. Pour reprendre l’heureuse formule de Jean Cazeneuve, ils ont construit «la sociĂ©tĂ© de l’ubiquité».

1. De la T.S.F. Ă  la radiodiffusion

L’étude des phĂ©nomĂšnes Ă©lectromagnĂ©tiques, qui avait retenu l’attention de nombreux savants depuis le dĂ©but du XIXe siĂšcle, conduisit l’Écossais, C. Maxwell Ă  proposer en 1864 une thĂ©orie gĂ©nĂ©rale des ondes Ă©lectromagnĂ©tiques. L’Allemand Heinrich Hertz sut, dĂšs 1887, produire, avec son Ă©clateur, des ondes hertziennes. Édouard Branly mit au point en 1890 son cohĂ©reur, premier dĂ©tecteur. Alexandre Popov dĂ©couvrit l’intĂ©rĂȘt de l’antenne. Gugliemo Marconi sut, dĂšs 1894, coordonner l’ensemble de ces dĂ©couvertes et les utiliser pour transmettre des signaux tĂ©lĂ©graphiques en morse: en 1899, il assura la premiĂšre liaison par tĂ©lĂ©graphie sans fil au-dessus de la Manche et, en 1901, au-dessus de l’Atlantique. AprĂšs bien des essais dans les laboratoires russes, anglais, français, allemands et amĂ©ricains, Reginal Fessenden, en 1906, rĂ©ussit les premiĂšres liaisons en tĂ©lĂ©phonie sans fil. La lampe triode de Lee de Forest, dĂ©couverte en 1907, offrit Ă  la T.S.F. l’instrument de ses futurs progrĂšs. Les progrĂšs des tĂ©lĂ©communications hertziennes, tĂ©lĂ©graphiques et tĂ©lĂ©phoniques, furent trĂšs rapides. Ils rendirent des services immenses Ă  la navigation et aux liaisons militaires: la Grande Guerre leur fit faire des progrĂšs considĂ©rables et les liaisons par ondes doublĂšrent rapidement les rĂ©seaux de tĂ©lĂ©communication cĂąblĂ©s.

La possibilitĂ© d’utiliser la T.S.F. pour transmettre autre chose que des messages, des spectacles lyriques ou musicaux fut trĂšs vite perçue, et par exemple on Ă©mettait, Ă  Bruxelles, au printemps de 1914, des concerts hebdomadaires retransmis dans des lieux publics.

2. PremiĂšres stations et premiers statuts, 1920-1930

La naissance des premiĂšres stations fut assez dĂ©sordonnĂ©e. Dans tous les pays, c’est l’administration des P.T.T. qui fut amenĂ©e Ă  s’intĂ©resser Ă  ces nouvelles formes de T.S.F. Les deuxiĂšmes partenaires furent les sociĂ©tĂ©s qui fabriquaient les matĂ©riels Ă©lectriques et qui s’employĂšrent Ă  dĂ©velopper un marchĂ© dont elles devinaient encore mal l’ampleur qu’il prendrait: Radio Corporation of America aux États-Unis, Marconi’s Wireless Telegraph en Grande-Bretagne, Telefunken en Allemagne, la Compagnie gĂ©nĂ©rale de T.S.F. (C.S.F.) en France. Les troisiĂšmes partenaires furent trĂšs vite les hommes d’affaires et fabricants de postes rĂ©cepteurs et, les derniers, les sans-filistes, radio-amateurs qui bricolĂšrent les premiers postes Ă  galĂšne.

Aux États-Unis, la crĂ©ation des premiĂšres stations en 1920 marqua le dĂ©but d’un formidable «radio boom»: les stations se multipliĂšrent et, aprĂšs une pĂ©riode de relative anarchie, deux facteurs contribuĂšrent en 1926-1927 Ă  ordonner le dĂ©sordre: le Radio Act de fĂ©vrier 1927 crĂ©a la Federal Radio Commission chargĂ©e de rĂ©partir les frĂ©quences et plaça la radio sous la protection du premier amendement; la crĂ©ation des premiers networks , sociĂ©tĂ©s productrices de programmes pour les stations affiliĂ©es: N.B.C. en 1926 et C.B.S. en 1927.

En Grande-Bretagne, aprĂšs avoir laissĂ© l’industrie Ă©lectrique patronner les premiĂšres stations en 1922, sous la tutelle de la British Broadcasting Company, le gouvernement, en 1927, Ă©tablit le monopole au profit de la British Broadcasting Company Ă  statut semi-public.

En Allemagne aussi, aprĂšs un dĂ©but assez confus en 1923, l’État finit, en 1925, par placer l’ensemble sous l’autoritĂ© d’un organisme de droit public, la Reichsrundfunk Gesellschaft.

En France, la situation resta incertaine. En 1922 naquit Radiola, poste privĂ© patronnĂ© par la C.S.F., et la tour Eiffel, encore contrĂŽlĂ©e par les militaires, commença Ă  Ă©mettre un programme pour le «grand» public; en 1923, la station de l’École supĂ©rieure des P.T.T. fut le troisiĂšme Ă©metteur et dans les annĂ©es suivantes, Ă  Paris et en province, les P.T.T., d’un cĂŽtĂ©, des intĂ©rĂȘts privĂ©s, de l’autre, multipliĂšrent les stations. Si la loi du 30 juin 1923 avait placĂ© la T.S.F. sous le monopole de l’État, des dĂ©crets autorisĂšrent la naissance des stations privĂ©es. Un dĂ©cret-loi du 28 dĂ©cembre 1926 prĂ©voyait la fin de ces autorisations pour 1933, puis une loi de 19 mars 1928 figea la situation: 14 stations privĂ©es, dont 4 Ă  Paris, et 15 stations P.T.T.

3. La radio, média de masse, 1930-1960

Les annĂ©es 1930 virent un rapide dĂ©veloppement de l’audience de la radio grĂące aux nouveaux postes rĂ©cepteurs Ă  lampes. On comptait, en 1940, prĂšs de 50 millions de rĂ©cepteurs aux États-Unis, 15 millions en Allemagne, 10 millions en Grande-Bretagne et seulement 5,5 millions en France. Aux États-Unis, sous le contrĂŽle de la Federal Communications Commission, qui succĂ©da en 1934 Ă  la Federal Radio Commission, les stations avaient une audience rĂ©gionale, mais des programmes nationaux grĂące aux networks . En Grande-Bretagne, la B.B.C. donnait la prioritĂ© aux programmes nationaux. En France, le secteur public, avec ses 15 stations, renforcĂ© par la rĂ©alisation du plan FerriĂ© et par les ressources de la redevance imposĂ©e en 1934, luttait dĂ©sormais Ă  armes Ă©gales avec les 13 stations du secteur privĂ©. En Allemagne, les nazis avaient imposĂ© la centralisation du systĂšme et fait de la radio un appareil de propagande trĂšs efficace. En U.R.S.S., oĂč la radio Ă©tait encore peu dĂ©veloppĂ©e, de 6 Ă  7 millions de rĂ©cepteurs seulement, l’efficacitĂ© de la propagande radiophonique Ă©tait cependant trĂšs forte: la plupart des rĂ©cepteurs Ă©taient «à fil», c’est-Ă -dire qu’ils jouaient le rĂŽle de haut parleur et Ă©taient installĂ©s souvent dans les lieux publics.

L’attrait de la radio tenait Ă  la variĂ©tĂ© de ses programmes distractifs oĂč la musique, la chanson, les jeux avaient une grande place: l’écoute restait la plupart du temps collective dans le cadre du foyer. Cependant, les hommes politiques et les gouvernements avaient trĂšs vite dĂ©couvert qu’elle pouvait aussi servir, outre les brefs bulletins d’information et des reportages de manifestations divers, Ă  diffuser des messages plus Ă©laborĂ©s, discours, confĂ©rences, dĂ©bats, et que, mieux mĂȘme que la presse Ă©crite, elle pouvait servir Ă  la propagande. Ce rĂŽle nouveau, Ă©videmment exploitĂ© jusqu’à l’endoctrinement par les pays totalitaires, fut aussi utilisĂ© par les dĂ©mocraties occidentales. Aux États-Unis, la campagne Ă©lectorale de 1932 avait pour la premiĂšre fois largement eu recours Ă  la radio, et Roosevelt l’utilisa rĂ©guliĂšrement par la suite. En Grande-Bretagne, malgrĂ© la neutralitĂ© de la B.B.C., les hommes politiques eurent aussi de plus en plus recours Ă  elle. En France, en 1932, Tardieu, prĂ©sident du Conseil, intervint Ă  la radio pendant la campagne Ă©lectorale, et, en 1934, Doumergue s’adressa rĂ©guliĂšrement aux Français au lendemain du 6 fĂ©vrier. Les Ă©lections de 1936 furent les premiĂšres oĂč les diffĂ©rents partis purent s’adresser aux Ă©lecteurs. Le Front populaire fit sous le gouvernement Blum un gros effort pour dĂ©fendre sa politique Ă  la radio d’État et pour orienter, Ă  gauche, les Ă©missions culturelles. AprĂšs Munich, Daladier imposa Ă  tous les postes d’État puis aux postes privĂ©s la reprise du Radio Journal de France de Radio Paris, poste pilote du rĂ©seau P.T.T., et le 29 juillet 1939 la radio passa directement sous la direction de la prĂ©sidence du Conseil.

Pendant la guerre, la radio joua un rĂŽle essentiel pour le maintien du moral des belligĂ©rants. Les Allemands imposĂšrent la tutelle de leur propagande sur la radio des pays occupĂ©s, et le gouvernement de Vichy eut bien du mal Ă  maintenir, en zone sud, une radiodiffusion nationale autonome jusqu’en fĂ©vrier 1942. La Grande-Bretagne, qui avait dĂšs 1938 dĂ©veloppĂ© ses Ă©missions vers l’étranger, fit de la B.B.C. un instrument de propagande modĂ©rĂ©e finalement trĂšs efficace. Radio-Londres fut trĂšs Ă©coutĂ©e dans les pays occupĂ©s. Pour les Français, la radio Ă©tait devenue, Ă  cĂŽtĂ© d’une presse asservie Ă  la propagande allemande, le seul moyen d’information pluraliste, et son prestige s’en trouva fortement accru. Il faut aussi Ă©voquer les voies obscures des radios noires , fausses stations clandestines entretenues pour dĂ©concerter l’opinion ennemie.

AprĂšs la guerre, la radio poursuivit sa progression: dans tous les pays occidentaux, elle finit par pĂ©nĂ©trer dans tous les foyers et commença Ă  s’étendre dans les pays du Tiers Monde. La guerre froide donna une nouvelle vigueur Ă  la guerre des ondes par le canal des radios internationales: B.B.C., Voice of America, Radio Moscou, Radio Vatican..., en attendant que les pays du Tiers Monde dĂ©veloppent les leurs, Radio Le Caire, Radio PĂ©kin, Radio La Havane... dĂšs la fin des annĂ©es 1950.

En Grande-Bretagne, la B.B.C., dont le prestige Ă©tait immense au sortir de la guerre, maintint la qualitĂ© un peu compassĂ©e de ses programmes. En France, oĂč la guerre avait fait cesser les Ă©missions des stations privĂ©es, la IVe RĂ©publique renforça le monopole et la centralisation des programmes: la Radiodiffusion publique, administration autonome, fut toujours fortement influencĂ©e par la tutelle gouvernementale en matiĂšre d’information, et Radio Luxembourg, qui avait conservĂ© le genre radiophonique des stations privĂ©es, vit son audience croĂźtre en France, mais aussi en Grande-Bretagne vers qui elle diffusait un programme en anglais. En 1955, Europe no 1 vint lui disputer ce marchĂ© pĂ©riphĂ©rique.

4. Les mutations de la radio aprĂšs 1960

La tĂ©lĂ©vision enleva Ă  la radio une bonne partie de son audience, en particulier en soirĂ©e, mais elle trouva avec les postes Ă  transistors le moyen d’une premiĂšre mutation. Ces nouveaux rĂ©cepteurs Ă  trĂšs bon marchĂ©, mobiles, pouvant fonctionner sur piles, eurent pour premier effet d’individualiser l’écoute et donc de permettre une segmentation du marchĂ©. Le style des Ă©missions s’en trouva profondĂ©ment modifiĂ©: Ă  la «radio discours» se substitua la «radio conversation», les animateurs remplacĂšrent les speakers; grĂące au tĂ©lĂ©phone, les auditeurs purent «participer» aux Ă©missions. Cette rĂ©volution, commencĂ©e en 1948 avec les premiĂšres dĂ©couvertes du transistor, s’amplifia Ă  partir de 1955 avec la production industrielle des rĂ©cepteurs et, aprĂšs 1960, on cessa pratiquement de fabriquer des postes Ă  lampes. Dans les pays du Tiers Monde, ces petits rĂ©cepteurs eurent un succĂšs considĂ©rable et, aujourd’hui, la radio est le seul mĂ©dia qui puisse se vanter d’avoir une audience universelle. La seconde mutation vint du recours Ă  la modulation de frĂ©quence sur les ondes mĂ©triques, qui redonnĂšrent vigueur aux programmes locaux et provoquĂšrent la multiplication des Ă©metteurs sans risque de brouillage.

Ces transformations de la radio aboutirent Ă  la remise en cause des statuts du service public. En Grande-Bretagne, en 1972, le gouvernement conservateur autorisa la crĂ©ation de radios rĂ©gionales privĂ©es gĂ©rĂ©es par l’Independent Broadcasting Authority. En Italie, dĂšs 1973, les radios pirates puis locales se multipliĂšrent au dĂ©triment des stations de la R.A.I. En France, le gouvernement socialiste autorisa les radios locales libres dĂšs 1981.

5. L’irrĂ©sistible ascension de la tĂ©lĂ©vision

Le cinĂ©ma avait, dĂšs 1895, crĂ©Ă© les images animĂ©es et, dĂšs lors, on rĂȘva de la tĂ©lĂ©vision. AprĂšs de multiples essais de recherches, la premiĂšre rĂ©ussite fut celle de l’Anglais John L. Baird dont le televisor dĂ©composait les images par un procĂ©dĂ© mĂ©canique. La vĂ©ritable voie fut celle de la tĂ©lĂ©vision Ă©lectronique qui utilisait l’iconoscope mis au point en 1931 par Zworykin pour la R.C.A. aux États-Unis. À la veille de la guerre, les États-Unis avaient des programmes rĂ©guliers de tĂ©lĂ©vision depuis 1933, mais ils avaient peu de tĂ©lĂ©spectateurs, car la F.C.C. avait trop frĂ©quemment modifiĂ© les normes (240 lignes en 1933, puis, aprĂšs trois autres changements, 525 lignes en 1941). En Grande-Bretagne, les programmes de la B.B.C. avaient dĂ©butĂ© en 1936 sur 405 lignes (il y avait 20 000 rĂ©cepteurs en 1939); en France, la tĂ©lĂ©vision publique date de 1935, et, en 1939, ses programmes de 15 heures hebdomadaires Ă©taient Ă©mis sur 455 lignes, mais on ne comptait que quelques centaines de rĂ©cepteurs. En Allemagne fonctionnait depuis 1935 une tĂ©lĂ©vision Ă  441 lignes.

ArrĂȘtĂ©e par la guerre, la tĂ©lĂ©vision reprit son essor Ă  la fin des annĂ©es 1940. DĂšs 1947, la F.C.C. ayant enfin dĂ©fini des normes convenables donna le feu vert Ă  la crĂ©ation de nouvelles stations de tĂ©lĂ©vision. DĂšs 1955, tout l’immense territoire Ă©tait couvert: cette tĂ©lĂ©vision commerciale, dominĂ©e par la production des trois grands networks N.B.C., A.B.C. et C.B.S., eut d’entrĂ©e un Ă©norme succĂšs.

En Grande-Bretagne, la B.B.C. reprit ses Ă©missions en 1946, et ce n’est qu’en 1960 que tout le territoire fut couvert: la progression du parc des rĂ©cepteurs fut trĂšs rapide. En 1954, la seconde chaĂźne fut attribuĂ©e non pas Ă  la B.B.C., mais Ă  l’Independent Television Authority qui patronna les programmes de quinze sociĂ©tĂ©s productrices rĂ©gionales qui vivaient de la publicitĂ©.

En Allemagne, la premiĂšre chaĂźne, gĂ©rĂ©e par l’association des onze instituts de radiodiffusion des LĂ€nder, naquit en 1952. La progression du parc des rĂ©cepteurs fut particuliĂšrement rapide et Telefunken imposa vite comme norme mondiale son systĂšme Ă  625 lignes.

En France, les Ă©missions reprirent dĂšs 1946 en 441 lignes, mais le vrai dĂ©but suivit l’adoption en 1948 du systĂšme Ă  819 lignes dont on espĂ©ra, vainement, faire un standard europĂ©en. La progression du parc des tĂ©lĂ©viseurs fut extrĂȘmement lente: le gouvernement refusait d’accorder Ă  la tĂ©lĂ©vision les crĂ©dits nĂ©cessaires, en particulier pour l’extension du rĂ©seau des rĂ©Ă©metteurs, et l’ensemble du territoire ne fut couvert qu’en 1970.

Les annĂ©es 1960 furent des annĂ©es de rapide progrĂšs. Le magnĂ©toscope, mis au point aux États-Unis par Ampex en 1956 et gĂ©nĂ©ralisĂ© en Europe aprĂšs 1960, donna une souplesse beaucoup plus grande Ă  la rĂ©alisation; jusqu’alors, les Ă©missions en diffĂ©rĂ© Ă©taient filmĂ©es sur pellicules et ensuite seulement reprises par les camĂ©ras Ă©lectroniques. DĂ©sormais commençait vĂ©ritablement l’ñge de la vidĂ©o qui, Ă  la fin des annĂ©es 1970, prit un formidable dĂ©veloppement grĂące Ă  l’allĂ©gement des appareillages et des camĂ©ras.

Si les AmĂ©ricains avaient dĂšs 1953 adoptĂ© le mĂ©diocre systĂšme de tĂ©lĂ©vision en couleurs N.T.S.C., l’Europe attendit 1967 pour colorer ses programmes mais ne rĂ©ussit pas Ă  harmoniser ses procĂ©dĂ©s: le P.A.L. allemand disputa le marchĂ© au Secam français.

Le 11 juillet 1962, la tĂ©lĂ©vision, aprĂšs la rĂ©ussite, grĂące Ă  Telstar, de la premiĂšre liaison transatlantique, entra dans l’ùre des satellites qui allait, Ă  la fin des annĂ©es 1970 aux États-Unis et dans les annĂ©es 1980 en Europe, favoriser l’internationalisation de la production.

La cĂąblodistribution, nĂ©e mĂ©diocrement de l’extension des antennes collectives en 1950, prit aux États-Unis un rapide dĂ©veloppement Ă  la fin des annĂ©es 1970 et dans les annĂ©es 1980 (45 p. 100 des foyers cĂąblĂ©s en 1986). L’Europe, sauf la Belgique (Ă  partir de 1965) et les Pays-Bas, attendit les annĂ©es 1980 pour s’interroger sur l’intĂ©rĂȘt de dĂ©velopper ses rĂ©seaux. Depuis les annĂ©es 1960, le dĂ©veloppement de la tĂ©lĂ©vision s’accĂ©lĂ©ra en Europe en liaison avec la multiplication des chaĂźnes hertziennes (R.F.A.: 2e chaĂźne en 1963, 3e en 1964, 4e en 1981; Grande-Bretagne: 2e chaĂźne en 1955, B.B.C. 2 en 1964, Channel 4 en 1982; France: 2e chaĂźne en 1964, 3e en 1973, Canal plus en 1984, 5e et 6e en 1986; Italie: 1re chaĂźne de la R.A.I. en 1954, 2e en 1967, 3e en 1979, mais surtout explosion des tĂ©lĂ©visions libres en 1976). Les parcs de rĂ©cepteurs ne cessĂšrent de croĂźtre, plus ou moins vite selon les pays: l’équipement de 90 p. 100 des foyers fut atteint dĂšs 1970 en Grande-Bretagne, en 1973 en R.F.A. mais seulement en 1980 en France et en 1982 en Italie.

Toutes ces transformations ont le plus souvent remis en cause les statuts de l’audiovisuel. Aux États-Unis, la F.C.C. a tentĂ© d’adopter sa rĂ©glementation aux conditions nouvelles du marchĂ©. DĂšs 1952, elle a favorisĂ© le dĂ©veloppement des stations non commerciales Ă  vocation culturelle et on a pu croire, Ă  la fin des annĂ©es 1960 et au dĂ©but des annĂ©es 1970, que les progrĂšs de la Public Television, soutenue par des subventions publiques et privĂ©es, pourraient donner au paysage audiovisuel amĂ©ricain une structure mixte; en rĂ©alitĂ©, le succĂšs de la P.T.V. n’a pas rĂ©sistĂ© Ă  la multiplication des chaĂźnes par cĂąbles et par satellites. La F.C.C., aprĂšs y avoir Ă©tĂ© longtemps hostile, a autorisĂ©, dĂšs 1975, le dĂ©veloppement de la tĂ©lĂ©vision Ă  pĂ©age (Pay T.V.).

La Grande-Bretagne s’est dotĂ©e d’un systĂšme mixte de tĂ©lĂ©vision en 1954 et de radio en 1972. Le monopole de la R.A.I. italienne, aprĂšs avoir bien mal rĂ©sistĂ© aux querelles partisanes, a finalement fait place, aprĂšs mille pĂ©ripĂ©ties et extravagances, Ă  un systĂšme mixte qui n’a Ă©tĂ© stabilisĂ© qu’en 1986. L’Allemagne fĂ©dĂ©rale a mieux su prĂ©server les statuts mis en place en 1949-1950, mais la complexitĂ© du systĂšme des onze instituts rĂ©gionaux manque Ă  l’évidence de souplesse et gĂȘne son adaptation aux conditions nouvelles du marchĂ©.

Quant Ă  la France, elle continua, de crise en crise, Ă  tenter de stabiliser son paysage audiovisuel. La IVe RĂ©publique fut incapable de doter sa radio-tĂ©lĂ©vision d’un rĂ©gime plus solide que celui, provisoire, des ordonnances de 1944 et de 1945 qui en faisaient une sorte de service public sous la dĂ©pendance du gouvernement. La Ve RĂ©publique ne fut pas plus heureuse. Elle transforma la R.T.F. en Ă©tablissement public, ce qui lui garantissait une plus grande autonomie, mais le statut du 4 fĂ©vrier 1959 dut ĂȘtre modifiĂ© par la loi du 26 juin 1964 qui crĂ©a l’O.R.T.F. et par la loi du 3 juillet 1972. La loi du 7 avril 1974 dĂ©mantela l’O.R.T.F. en sept sociĂ©tĂ©s autonomes; celle du 29 juillet 1978 interdit les radios libres que la loi de novembre 1981 autorisa. Le statut du 29 juillet 1982 entendait garantir l’indĂ©pendance des sociĂ©tĂ©s et stabiliser le paysage audiovisuel français. En rĂ©alitĂ©, les interventions lĂ©gislatives ont pris un caractĂšre chronique.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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